Masked settlers set fire to Palestinian fields. (Photo from Peace Now Facebook post)

Colons masqués en train d’incendier des champs palestiniens (photo tirée du site Facebook de Shalom Achshav)

Par Gabriella Goliger**

Le 28 septembre dernier, entre 80 et 100 jeunes colons juifs, masqués et armés de bâtons et de pierres, ont envahi le minuscule village de Khirbet al-Mufkara au sud des collines de Hebron. Au cours de l’attaque destructrice qui a suivi, un bambin palestinien de 3 ans a été touché à la tête par une pierre pendant son sommeil et a dû être transporté à l’hôpital de Beer Sheva. Cinq autres Palestiniens ont été blessés, et le village entier a été vandalisé aux mains des attaquants qui provenaient des avant-postes installés illégalement dans les régions voisines de Avigayil et de Haval Maon. Plusieurs colons ont également été blessés lorsque les villageois ont riposté en lançant des pierres.

L’attaque contre Khirbet al-Mufkara constitue l’un des plus récents exemples de violence de la part de colons juifs à l’encontre de Palestiniens installés en Cisjordanie, mais elle est loin d’être un incident isolé.

Pour citer un rapport de Ha’aretz : “au cours du premier semestre de 2021, 416 incidents anti-palestiniens ont été rapportés – plus du double du chiffre du premier semestre de 2020 et plus que le chiffre global de 2019.”

Les incidents rapportaient de la violence physique, des incendies criminels et de la destruction de biens.

Cette montée de violence de la part des colons n’est pas simplement le geste de quelques excités, et elle n’a rien de spontané, explique Shalom Achshav. Il s’agit plutôt d’une campagne systématique provenant d’au moins une partie du mouvement colonisateur, visant à accélérer l’intimidation des Palestiniens et à démontrer la détermination des colons au gouvernement israélien. Il semblerait que plus les colons “feront leurs preuves”, plus il sera difficile à n’importe quel gouvernement de même envisager une résistance à l’expansion de la colonisation.

Nouveau type d’avant-poste

Dans une grande mesure, cette récente vague de violence peut être liée aux fermes de bétail illégales que les colons juifs sont en train d’établir en Cisjordanie. Ces derniers se sont emparés d’un certain nombre de terres de pâturage et s’ils jugent que les Palestiniens les enfreignent, ils passent à l’attaque. C’est ainsi que la violence à Khirbet al-Mufkara a débuté. Les colons ont attaqué un berger palestinien, les villageois sont venus à sa rescousse, et l’incident à escaladé.

Au cours d’une récente conférence en ligne, Hagit Ofran, du Projet de Surveillance des colonies de Shalom Achshav, a expliqué comment ces fermes de bétail constituent une nouvelle stratégie pour s’emparer de plus de territoire possible en Cisjordanie. Depuis 2018, les colons ont établi 46 terres de pâturage, la plupart d’entre elles illégales. Ces avant-postes ne coûtent presque rien à créer car ils ne demandent que peu de construction, d’ordinaire quelques abris temporaires. Par contre, les terres de pâturage peuvent être très étendues, et les confrontations avec les Palestiniens faisant paître leurs propres animaux dans la région sont quasiment inévitables.

Les soldats israéliens postés en Cisjordanie pour “assurer la sécurité” préfèrent ne rien voir lorsque les Palestiniens font l’objet d’attaques, mais ils réagissent avec force si les Palestiniens ripostent. De plus, lorsque les colons sont accusés de crime, les tribunaux ont tendance à être indulgents.

En fait, explique Hagit Ofran, “l’armée protège la violence par les colons”.

Selon le groupe israélien de défense des droits de la personne Yesh Din, 91% des enquêtes sur les crimes idéologiques contre les Palestiniens ont été fermées sans qu’elles donnent lieu à des condamnations.

À cause de ce système inéquitable, nombreux sont les Palestiniens qui hésitent à rapporter des incidents. Par exemple, 43 % des Palestiniens qui ont contacté Yesh Din entre 2018 et 2021 ont choisi de ne pas porter plainte dans les cas d’échanges violents avec la police. La fréquence des cas de violence par les colons est probablement bien plus élevée que ne l’indique le chiffre officiel.

La majorité des colons est non-violente. Mais l’absence de protestations contre la brutalité des autres colons les rend complices du mouvement. Et ce mutisme face au terrorrisme juif s’étend à l’ensemble du gouvernement et du public israéliens.

Les conséquences plus larges

Pour assurer l’hégémonie juive sur les territoires palestiniens, les colons ont recours à l’agression depuis des dizaines d’années. Entre autres tactiques, les colons ont utilisé la menace de résistance violente comme moyen de saper la proposition de solution à deux états. Un rapport récent présenté par l’Institut israélien Molad (qui appuie la solution à deux états) souligne que de nombreux Israéliens craignent des répercussions sanglantes et traumatisantes si leur gouvernement tentait de déloger des milliers de colons de Cisjordanie. Créer la peur d’une guerre civile, remarquent les auteurs du rapport, est l’un des “succès stratégiques importants du mouvement de colonisation dans sa lutte pour gagner l’opinion publique israélienne”.

En réaction à ce rapport, le Rabbin Eric H. Yoffie, ancien président de l’Union for Reform Judaism (Union du Judaïsme réformé) estime que les politiques israéliennes ne doivent pas être prises en otage par les menaces des colons.

Il écrit : “Le sionisme a toujours voulu la création d’un état (souverain) juif et démocratique… Ceux qui renient cette souveraineté ne sont pas réellement sionistes : ce sont des voyous, et le gouvernement israélien dûment élu se doit de les traiter ainsi, qu’il s’agisse de paix ou de toute autre question.”

Le gouvernement israélien a le devoir de protéger ses propres citoyens contre le terrorisme, mais également, en vertu du droit international, il a la responsabilité de protéger les Palestiniens sous sa gouverne du terrorisme des citoyens israéliens.

La violence par les colons n’est pas simplement amorale, elle est également dangereuse. Elle alimente les tensions dans une Cisjordanie déjà politiquement fragilisée. Et elle est absolument aux antipodes des intérêts à long-terme d’Israël et d’une résolution pacifique du conflit avec les Palestiniens.

Références:

American for Peace Now webinar avec Hagit Ofran du Projet de Surveillance des colonies et Lior Amichai de Yesh Din: https://www.youtube.com/watch?v=qTq-2ObqH04

« Settler Violence from Price Tags to Displacement » – article par Kate Sosland, interne pour Americans for Peace Now: https://peacenow.org/entry.php?id=38816#.YW2N3lXMLIU

“Don’t let fanatic violent settlers take Israel’ future hostage” – article dans Ha’aretz par le Rabbin Eric H. Yoffie
https://www.haaretz.com/israel-news/.premium-don-t-let-fanatic-violent-settlers-take-israel-s-future-hostage-1.10281499


** Gabriella Goliger est la présidente nationale des Amis canadiens de La Paix maintenant