Par Simon Rosenblum*

L”entente du siècle” de Trump est beaucoup de choses, mais certainement pas une entente de paix. D’ailleurs, elle est morte dans l’oeuf. En réalité, c’est une entente entre Donald Trump et Bibi Netanyahou, qui offre aux électeurs de droite le cadeau dont ils ont toujours rêvé.

Comment cela se peut-il ? L’accord ne propose-t’il pas un état palestinien avec une capitale dans Jérusalem-Est ? N’était-ce pas là le rêve des Palestiniens ? Et Benny Gantz, le leader du Parti Bleu et Blanc, n’a-t’il pas qualifié haut et fort le plan Trump d’”historique” et “tout à fait en accord avec les principes de sécurité de l’état”, tel que le prône son parti ? Alors, qu’est-ce qui est si mauvais dans un plan appuyé de façon si enthousiaste par le principal rival de Netanyahou ? En un mot… tout !

Tout d’abord, Israël garde 30 % de la Cisjordanie et toutes ses colonies. Israël est autorisé à annexer la vallée du Jourdain et à appliquer les lois israéliennes à toutes les colonies juives au cours de la première phase de déroulement du plan. Les Palestiniens reçoivent ⅓ de la Cisjordanie dans cette phase 1. S’ils acceptent de jouer selon les règles, et seulement à cette condition, ils recevront un autre tiers dans environ 4 ans. Tout cela s’appellera un état palestinien, malgré le fait qu’il sera troué et transpercé de part et d’autre par des colonies, des routes appartenant aux colonies et des points de contrôle frontaliers. De plus, la capitale palestinienne ne sera pas vraiment dans Jérusalem-Est, mais plutôt dans un petit village à l’extérieur des frontières de Jérusalem. Aucune contiguïté territoriale, pour dire le moins !

Qui donc, s’il est sain d’esprit,  laisserait passer une telle offre ? Surtout si l’on considère qu’Israël pourrait être appelé à échanger quelques terres désertiques près de l’Égypte et à permettre à des villages arabes situés au centre d’Israël de se rattacher au futur état palestinien ? (ne tenant pas compte du fait que les Arabes-Israéliens de ces villages ont toujours déclaré clairement qu’ils refuseraient d’abandonner leur citoyenneté israélienne). Cette “vision” n’aurait même pas été envisageable il n’y a pas si longtemps. Et pourtant, nous y voilà.

Comment en sommes-nous arrivés à ce beau gâchis ? Pour dire vrai, les Palestiniens y sont pour beaucoup. Depuis le début du processus de paix d’Oslo, ils ont rejeté trois ententes de paix, en 2000, en 2008 et en 2014, toutes généralement fondées sur les lignes de 1967. Le seul point sur lequel se sont entendues les diverses factions palestiniennes au fil des ans, est leur insistance sur le “droit de retour” en Israël des réfugiés palestiniens victimes des anciennes guerres israélo-arabes. Aucun gouvernement israélien n’acceptera jamais cette condition, et ce refus est tout à fait compréhensible. Il y a également la question du terrorisme palestinien et celle de l’expansion continuelle des colonies juives en Cisjordanie, et vous avez en main tous les ingrédients pour réduire le nombre d’intervenants désireux et prêts à négocier une paix juste et durable basée sur une véritable solution à deux états.

Alors, que nous réserve l’avenir ? Cela dépend en grande partie du résultat des élections, et je parle des élections présidentielles américaines en novembre. Les élections israéliennes n’ont pas un tel impact, principalement parce que les principaux partis s’entendent déjà sur les grandes lignes du Plan Trump. Les différences portent surtout sur le calendrier d’exécution et sur le fait de savoir si les prochaines mesures adoptées par Israël s’appelleront “annexion” ou l’imposition de la loi israélienne aux colonies et à la vallée du Jourdain. (cela semble identique à annexion, mais une annexion officielle entérinée par la loi serait beaucoup plus difficile à annuler). Quoiqu’il en soit, Trump a de toute évidence encouragé le gouvernement israélien – quelle que soit sa configuration après l’élection du 2 mars – à poser des gestes très importants qui mettront en péril tout effort conjoint de sécurité entre Israël, l’Autorité palestinienne et la Jordanie. Et bien sûr, ces gestes viennent affaiblir plus encore l’espoir déjà ténu d’une véritable solution à deux états.

Si Trump est réélu, tous ces développements deviennent plus encore ancrés et difficiles à annuler. Un plus grand nombre de situations sur le terrain se produiront, et le consensus international portant sur les frontières de 1967, le point de départ des négociations de paix, sera encore plus ébranlé. Les chances que le Conseil de sécurité des Nations Unies et/ou l’Union européenne puissent mettre un terme à ces développements deviennent plus minces encore. Israël continuera sa marche inéluctable vers l’apartheid. Ce sera l’enfer. Le rêve sioniste s’écroulera.

Mais malgré le découragement que nous pouvons ressentir face à cet avenir, nous nous devons d’appuyer de notre mieux tous ces courageux Israéliens et Palestiniens modérés qui continuent à lutter pour une paix honorable et un retour à la raison.


*Simon Rosenblum est un grand commentateur du conflit israélo-palestinien. Il a été l’un des membres fondateurs de l’ACPM et l’un de ses anciens présidents nationaux. Les opinions exprimés dans cet article sont les siennes et ne reflètent pas nécessairement celles de l’ACPM.