Les mesures d’annexion de la Cisjordanie par Israël pourraient débuter bientôt. D’après l’accord de coalition signé par Benyamin Netanyahou et Benny Gantz, le gouvernement peut commencer à appliquer sa souveraineté sur les colonies de la vallée du Jourdain après le 1er juillet. Cela légaliserait l’expansion des colonies et l’occupation qui se produit de facto depuis longtemps. Mais une annexion justifiée par la loi serait extrêmement difficile à annuler par un gouvernement ultérieur. De plus, cela mettrait en grand danger la survie possible d’une solution à deux états.

De nouveaux développements troublants se déroulaient avant même l’assermentation du nouveau gouvernement. Au début mai, le gouvernement provisoire annonçait un projet de 7 000 nouvelles unités d’habitation dans une zone connue sous le nom de E-2, près de Bethléem, et dans la colonie d’Efrat. La Paix maintenant souligne que cette mesure aurait un impact grave sur la contiguïté territoriale palestinienne et constituerait une menace à la possibilité d’une solution à deux états. Le mouvement pacifique israélien prépare une pétition à l’intention de la Cour Suprême à propos de cette confiscation de terres.

Le mardi 19 mai, l’Allemagne et l’Autorité palestinienne ont émis une déclaration conjointe exprimant leur profonde inquiétude envers l’intention manifeste d’Israël d’annexer certaines régions de la Cisjordanie. “L’annexion de toute partie des territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem-Est, constitue une violation flagrante du droit international et affaiblit considérablement les chances de parvenir à une solution à deux états dans le cadre d’un accord final”, énonce cette déclaration. Elle ajoute que l’Allemagne “a pris note du fait qu’aux yeux de la Palestine, ce geste signifierait la fin de tout accord signé.”

Autres réactions

Un certain nombre de pays européens et l’Union européenne elle-même se sont prononcés contre l’annexion unilatérale, certains pays adoptant une position particulièrement dure à cet endroit. Joseph Borrell, le Haut Représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a répété que l’UE ne reconnaîtrait aucune modification aux frontières de 1967 à moins que celles-ci aient été acceptées par les Palestiniens et les Israéliens.” Plusieurs pays membres ont demandé l’approbation de mesures préventives pour décourager Israël. La France, l’Espagne, l’Irlande, la Suède, la Belgique et le Luxembourg sont tous pour la ligne dure. Certaines étapes, par exemple les accords commerciaux, n’ont pas besoin de faire l’objet de l’approbation unanime de tous les états membres. En outre, les pays membres peuvent adopter leurs propres mesures indépendantes de protestation.

Grande-Bretagne

Le ministère britannique des Affaires étrangères a fait savoir que la Grande-Bretagne n’appuierait pas les plans d’annexion.

La Présidente du Comité des relations internationales et de la défense de la Chambre des Lords a remis en question le fait qu’Israël continuait de recevoir un accès préférentiel au marché britannique s’il allait de l’avant avec son plan d’annexion.

Presque 130 juristes britanniques actifs ou retraités ont écrit au Premier ministre Boris Johnson pour lui demander instamment d’imposer des sanctions économiques si Israël allait de l’avant avec les plans d’annexion de certaines parties de la Cisjordanie dans le cadre d’un accord de coalition gouvernementale.

Le monde arabe

Le Roi Abdullah de Jordanie a prévenu que si Israël allait de l’avant avec son plan d’annexion de la Cisjordanie, cela mènerait à un “conflit d’envergure” avec son pays, et il n’a pas écarté la possibilité de se retirer de l’accord de paix entre Amman et l’État d’Israël. Lors d’une entrevue avec la revue allemande Der Spiegel, le Roi Abdullah a insisté sur le fait que la solution à deux états était “la seule façon de progresser” dans le conflit israélo-palestinien.

La Ligue arabe a condamné la proposition d’annexion de Netanyahou, en déclarant que ce geste constitue un “nouveau crime de guerre” contre les Palestiniens.

Les Émirats Arabes Unis, considérés comme étant une voix modérée dans ses relations avec Israël, se sont joints au mouvement anti-annexion. Le ministre des affaires étrangères de l’EAU a rejeté explicitement l’allégation de Netanyahou selon laquelle le monde arable finirait par accepter l’annexion.

Le 22 avril, le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo semblait donner le feu vert àu projet de Netanyahou lorsqu’il a déclaré, lors d’une conférence de presse, que l’annexion de la Cisjordanie “relève ultimement de la décision d’Israël”. Le 13 mai, Pompeo a fait une visite éclair de 8 heures en Israël pour rencontrer Benyamin Netanyahou et Benny Gantz, ce que certains grands journaux ont interprété comme étant une autre preuve du désir de Trump de voir le projet d’annexion se concrétiser. D’autres ont donné une interprétation tout à fait opposée à la visite de Pompeo. Selon eux, les Américains voulaient en fait freiner l’annexion. Dans une entrevue accordée au quotidien Israel Hayom, Pompeo a fait la déclaration suivante lorsqu’on lui a demandé sur quoi lui et les leaders israéliens s’étaient entendus à propos du plan d’annexion :

“Nous avons eu une conversation sur toutes les façons d’aller de l’avant. Eux aussi vont devoir trouver une voie commune et je leur ai rappelé qu’en analyse finale, c’était une décision israélienne. Ils ont tous deux le droit et l’obligation de prendre une décision sur la façon dont ils vont procéder. Voilà de quoi nous avons parlé.”

Clair comme de la boue ?

Parallèlement, le 5 mai, un groupe de plus de 30 anciens responsables américains de la sécurité nationale demandent instamment au Parti démocrate de s’opposer à l’annexion dans leur plateforme.

La campagne de La Paix maintenant pour vaincre l’annexion

La Paix maintenant est sur le point de lancer une importante campagne d’opposition au plan d’annexion. Son objectif principal sera d’informer ses amis israéliens des conséquences désastreuses de l’annexion. Les actions se traduiront notamment par un ralliement important, un blitz médiatique, des publicités et la formation de groupes organisateurs (par exemple des étudiants d’université, des enseignants, des professionnels) qui seront chargés d’écrire des lettres de protestation et d’autres mesures.

La Paix maintenant a déclaré : “Israël se dirige vers l’autodestruction au nom d’une idéologie marginale. L’heure est venue, pour ceux qui appuient Israël, d’aider son peuple pour qu’il reste un état sécuritaire, juif et démocratique.”

Les Amis canadiens de La Paix maintenant ont eux aussi élevé leur voix contre l’annexion. Le 27 avril, nous avons fait parvenir au gouvernement canadien une lettre demandant qu’en tant qu’ami d’Israël, celui-ci fasse connaître son opposition à ce plan d’annexion dangereux et insensé.