Par Daniela Veisman

Comme nouvelle bénévole des Amis canadiens de La Paix maintenant, j’aimerais partager mon histoire et vous dire pourquoi j’ai choisi de m’engager dans ce mouvement. J’ai grandi en Israël et je suis arrivée au Canada il y a quelques années dans le but de poursuivre mes études post-secondaires. Le programme que j’ai suivi à Ottawa avait un lien très spécial avec l’État d’Israël : l’école avait été nommée en l’honneur de David Azrieli, un constructeur immobilier israélo-canadien et un philanthrope, dont le rêve était d’encourager les échanges entre des étudiants des deux pays. De plus, un séminaire de diplômés est organisé chaque année dans le cadre d’une visite guidée d’Israël et de la Cisjordanie. Bien que je n’aie pas participé au voyage qui, dans mon année de graduation, portait sur le désert du Néguev (Naqab), j’ai beaucoup partagé avec mes camarades à propos du pays qui m’a vue grandir, son dynamisme et sa complexité. Le fait d’en parler a entraîné chez moi beaucoup d’introspection et m’a encouragée à en apprendre plus sur le paysage culturel de mon enfance.

Daniela Old City Jerusalem 2019

Après avoir grandi du côté israélien du conflit, à travers les événements de la deuxième Intifada, du désengagement de Gaza et de la guerre de 2006 entre Israël et Hezbollah, j’ai quitté Israël peu de temps avant la nouvelle vague de violence : l’opération militaire de 2014 dans la Bande de Gaza et les attaques qui ont suivi sur les villes israéliennes. En Israël, l’enfance et la vie quotidienne sont marquées par des périodes de tension et de violence qui donnent l’impression que le conflit ne cesse jamais. Quelques dizaines d’années auparavant, lorsque Israël avait conclu des accords de paix avec l’Égypte puis avec la Jordanie, on disait dans les maternelles israéliennes un message d’espoir : “quand vous serez grands, il n’y aura plus d’armée”. Pourtant, après l’assassinat du Premier Ministre Rabin lors d’une rencontre pacifique à Tel Aviv, ce message a été remplacé par l’espoir “d’un service militaire engagé” (sherut mashma’uti). L’importance centrale de l’armée dans la vie quotidienne israélienne encourage les jeunes israéliens juifs à commencer à penser à leur service national dès leur plus jeune âge.

Entre les guerres et contre-attaques officiellement déclarées, les forces de sécurité israéliennes sont continuellement déployées dans des opérations que les politiciens appellent la “gestion du conflit”. Cela inclut le maintien de l’occupation des territoires palestiniens. Les cinquante ans et plus de contrôle militaire ont soutenu la division et l’inégalité au sein des Israéliens, des colons et des Palestiniens, consolidant ainsi un statu quo de méfiance et de mépris vis-à-vis de “l’autre”.

Impact dévastateur

Même à distance, je reste sensible à l’impact dévastateur de l’occupation sur les Palestiniens et sur les Israéliens, et de la façon dont cette occupation pousse à une vénération de la force militaire en Israël. Sous prétexte de sauvegarder la sécurité, les leaders israéliens ont adopté une rhétorique de plus en plus nationaliste qui ne reflète pas les opinions de tous les Israéliens, y compris la mienne. Par exemple, la “Loi du retour” de 1948, législation orientée vers les Israéliens juifs (chok ha’sheiva) a récemment été fortifiée par la “Loi de l’État-Nation” (chok ha’leom), officialisant de facto un traitement préférentiel à la descendance juive en matière de citoyenneté, d’éducation, d’institutions culturelles, et dans d’autres domaines. La Loi de l’État-Nation reflète cette vieille réticence de la société et des institutions israéliennes à reconnaître les droits et l’histoire de la Palestine. Même si les menaces à la sécurité et à l’identité juive peuvent à la rigueur expliquer le désir de protéger l’identité nationale, cela n’excuse en rien les politiques de droite teintées de racisme.

La Paix maintenant allègue que l’occupation militaire par Israël est irréconciliable avec la nature démocratique du pays. Le mouvement en Israël critique la situation et s’efforce de changer cette culture de “gestion du conflit” qui encourage l’occupation et menace l’éventualité de futures négociations. Moi aussi j’estime que les Palestiniens méritent d’être libres d’oppression et d’exercer leur droit à l’autodétermination, tout autant que les Juifs israéliens. Israël, qui a été créé pour libérer les Juifs de l’oppression, doit déployer tous les efforts possibles pour résoudre le conflit plutôt que de perpétuer son emprise sur un autre peuple.

Parmi les Amis canadiens de La Paix maintenant, j’ai trouvé un réseau progressiste qui pense que l’alternative à l’occupation des terres et des vies palestiniennes réside dans la négociation d’une solution à deux états. Grâce à ses membres, les jeunes bénévoles tels que moi peuvent en apprendre plus sur la complexité de ce conflit. Nous pouvons contribuer aux efforts en vue de la paix, une entreprise si vitale tant sur le plan pratique que moral. J’espère que lorsque Israël répondra au conflit autrement que par son armée, les enfants entendront de nouveau cette devise “Quand vous serez grands, il n’y aura plus d’armée – ce sera la paix”.