Ces derniers mois, les colons, frustrés de ne pouvoir annexer officiellement les territoires de Cisjordanie, ont renforcé leur approche avec une stratégie presque nouvelle. Le mouvement colonisateur a entrepris une campagne vigoureuse pour améliorer l’image des avant-postes non autorisés et pour les légaliser. Étant donné que l’expression “avant-poste illégal” a une connotation négative qui s’applique à une colonie construite sans autorisation officielle entérinée par la loi israélienne, la campagne adopte le terme “jeune colonie”, dépeignant ces avant-postes comme des communautés israéliennes légales mais dépourvues du moindre confort de base comme l’eau ou l’électricité. Ces avant-postes sont donc décrits comme étant un problème social et humanitaire, et leurs habitants, parfois violents, comme des pionniers israéliens défavorisés plutôt que comme des squatters qui enfreignent la loi. La directrice exécutive de La Paix maintenant, Shaqued Morag, explique au lecteur israélien pourquoi cette campagne constitue un dangereux mensonge. Le texte qui suit est une traduction de l’éditorial qu’elle a écrit pour Ynet en hébreu.

Le mensonge entourant la campagne “Jeune colonie” qui annexe Israël

Par Shaqued Morag, Directrice exécutive de La Paix maintenant

“Jeune colonie” est un nom fictif utilisé pour masquer la construction par le mouvement de colonisation de dix avant-postes illégaux par an. Ces seigneurs ont compris sans l’ombre d’un doute qu’il n’y a aucun problème à enfreindre la loi, comme le démontrent leurs gestes en toute impunité. Shaqued Morag

Depuis deux semaines maintenant, les Jeunes des collines (trad.) laissent libre cours à leur colère sans réserve aucune, et le gouvernement reste silencieux. Pourquoi ? Parce qu’au-dessus de chaque voiture de police renversée, chaque policier ensanglanté et chaque vitrine éclatée, brille en toutes lettres le titre “Jeune colonie”.

Avec le gouvernement Trump qui tire à sa fin, nous avons vu récemment la naissance de la campagne “Jeune colonie”, une dernière tentative de la part de la droite colonisatrice de promouvoir la confiscation des terres, et de changer la réalité sur le terrain en Cisjordanie, avant qu’un adulte ne revienne occuper le siège de président des États-Unis. Nous n’avons pas vu en 2020 une annexion officielle de la Cisjordanie, par contre nous avons vu le plus haut niveau annuel d’autorisations de projets de construction de colonies depuis les vingt dernières années. Aujourd’hui, le mouvement de colonisation tente d’ajouter à son bilan quelques dernières réalisations.

“Jeune colonie” est la nouvelle étiquette officielle donnée aux douzaines d’avant-postes illégaux que le leadership de droite essaye de rendre légitimes (par autorisation rétroactive), et notre gouvernement participe activement à cette campagne. “Un geste humanitaire” félicite le ministre Michael Biton, “la bonté personnifiée”, s’exclame le ministre Omer Yankelevich. Quant aux mots d’appui de Tzachi Hanigbi et de Yuval Steinitz, ils ne méritent même pas d’être mentionnés ici.

Alors, qu’en est-il de ces représentants de la “Jeune colonie”, dans leurs uniformes militaires ou leurs complets, et de ces Jeunes des collines avec leurs papillotes, leurs sandales et leurs pierres prêtes à être lancées ? Et bien, tous ceux qui habitent dans ces avant-postes ont la même opinion, c’est-à-dire que toutes les terres au-delà de la Ligne verte leur appartiennent et doivent être reconquises d’une façon ou d’une autre. Chaque avant-poste a sa propre histoire sur la façon dont leur terre a été reprise, dont ils y ont construit des habitations et dont elle a été établie. Mais ce qu’ils ont en commun est leur mépris flagrant de la loi et de l’ordre. Puisque nous sommes les seigneurs de ces lieux, tous les moyens sont permis et légaux pour accomplir notre vision.

Ces dernières années, environ dix avant-postes illégaux ont été construits chaque année. Avec un peu d’insistance, un peu de chance et beaucoup de pression politique, chacun d’entre eux finira par avoir une route d’accès, par être branché à un système d’irrigation et peut-être même aux lignes électriques d’une colonie voisine. Après plusieurs années, leurs habitants iront frapper aux portes des bureaux gouvernementaux et exigeront le traitement ultime : la légalisation. Dans leur tentative d’officialiser ces avant-postes illégaux, le gouvernement envoie aux colons le message selon lequel la loi peut être appliquée de façon sélective, et peut même les récompenser.

Alors, pourquoi sommes-nous surpris qu’après la construction illégale surviennent d’autres crimes comme cette grande violence qu’ont démontrée les Jeunes des collines dans leurs soulèvements ?

C’est précisément dans cette année où le public israélien et ses leaders ont choisi la paix plutôt que l’annexion, qu’une réalité alternative continue à surgir des territoires occupés.

Les “seigneurs” se rebellent, les forces de sécurité les laissent faire, le gouvernement les appuient, et l’annexion de facto poursuit son avancée insidieuse. Dans certains cas particulièrement choquants, le mouvement colonisateur va dénoncer les “mauvaises herbes” de la société . mais n’a aucune intention de boucher les crevasses dans lesquelles elles poussent Le terrorisme juif s’est montré très efficace dans l’expulsion des Palestiniens et la construction de nouvelles colonies sur les terres ainsi libérées, tout cela malgré la colère de la majorité des Israéliens qui préfèrent la paix.

C’est tout cela que la campagne “Jeune colonie” préfère dissimuler. Lorsque la loi devient simple recommandation, nous sommes sur une pente glissante. Quand vous choisissez d’ignorer un crime, cela devient la norme. Et lorsque cela se passe au-delà de la Ligne verte, ce n’est qu’une question de temps pour que la situation déborde sur Israël. Chaque jour que nous continuons notre contrôle militaire en Cisjordanie, la ligne devient plus floue.

Très bientôt, si ce n’est déjà fait, nous nous rendrons compte que le coeur de la question pour nous n’est pas de savoir si Israël est intéressée à annexer les colonies, mais plutôt si les colonies sont sur le point d’annexer Israël.