Dans une dernière tentative de séduction des électeurs de droite, Benyamin Netanyahou a donné le feu vert à une importante initiative de colonisation qui, plus que jamais auparavant, mettrait en péril la solution à deux états. Le 25 février, à moins d’une semaine des élections du 2 mars, Netanyahou a autorisé le très contesté projet de l’est de Jérusalem, alors que deux autres projets de colonisation allaient de l’avant, au sud et au nord de Jérusalem. L’impact de ces trois initiatives se traduirait par des milliers de nouvelles unités d’habitation en Cisjordanie pour les Juifs israéliens, selon  un plan qui éliminerait toute contiguïté territoriale pour un futur état palestinien.

Les projets les plus préoccupants dans l’immédiat sont ceux touchant l’Est et le Sud, explique Daniel Seidemann, un expert juridique de Jérusalem et un grand défenseur de la solution à deux états. Daniel Seidemann a présenté son analyse lors d’un breffage téléphonique d’urgence aux supporters de La Paix maintenant organisé par Americans for Peace Now le 28 février dernier.

Le projet de l’Est se trouve dans une zone appelée E1 et prévoit 3 500 unités d’habitation dans un étroit corridor de terres allant de Jérusalem-Est jusqu’à la grande colonie de Ma’ale Adumim. Cela séparerait la partie nord de la Cisjordanie de la partie sud, éliminant ainsi la possibilité d’un état palestinien viable si Israël garde ce territoire. Daniel Seidemann compare cette colonisation qui depuis des années s’étend petit à petit en Cisjordanie à de l’hypertension artérielle : “un tueur silencieux et dangereux”. Mais dans le cas de E1, il s’agirait d’une “crise cardiaque mortelle”. Il est tout simplement impossible d’avoir un état palestinien avec des milliers de colons israéliens qui bloquent la connectivité entre le nord et le sud.

Le projet du Sud, Givat Hamatos, donnerait naissance à 1 077 unités d’habitation israéliennes dans une zone qui isolerait le quartier palestinien de Jérusalem-Est de Beit Safafa du reste de la Cisjordanie. De plus, cette colonie, ajoutée à la colonie Har Homa adjacente, couperait la contiguïté territoriale de la région métropolitaine de Jérusalem-Bethléem.

La raison pour laquelle ces deux projets sont devenus des préoccupations urgentes, explique M. Seidemann, est que leur planification est très avancée. Les projets E1 et Givat Hamatos existent depuis des années, mais avaient été mis de côté face à la pression de l’opposition. E1 en particulier avait inquiété des gouvernements américains successifs et l’Union européenne. Toutefois, depuis que le Président Trump appuie sans réserve les gestes de Netanyahou, il n’y a plus d’obstacle. Des appels d’offres ont déjà été publiés pour Givat Hamatos, et pour E1, le processus sera tellement avancé que dans seulement six ou neuf mois, il sera très difficile de revenir en arrière.

Il y a plus de “marge de manoeuvre”, précise M. Seidemann, dans le projet du Nord, un plan de colonisation de 9 000 unités d’habitation sur le site de l’aéroport Qalandia (Atarot). Il serait situé entre plusieurs quartiers palestiniens, et  briserait la contiguïté entre Jérusalem-Est et Ramallah. La planification de ce projet n’en est qu’à ses débuts, les militants pacifiques ont donc plus de temps pour empêcher sa construction. Cependant, ce projet, comme les autres, a le potentiel de nuire considérablement à la viabilité d’une future Palestine.

D’après M. Seidemann, l’objectif de Netanyahou a toujours été, pendant ses 10 ans au pouvoir, de bloquer la solution à deux états. Il a fait la promotion d’une annexion rampante pour créer en Cisjordanie “une réalité sur le terrain” irréversible, mais il l’a fait étape par étape. Encouragé par le plan Trump, qui est un schéma désastreux pour l’avenir d’une nation palestinienne, Netanyahou est passé de rampant à fonceur dans son plan d’annexion.

“Ce qui était impensable est devenu le quotidien avec Netanyahou et Trump”, déplore M. Seidemann.

La Paix maintenant/Shalom Achshav proteste vigoureusement contre ces récentes mesures et est appuyé dans ses démarches par ses organismes partenaires aux États-Unis et au Canada.

La Paix maintenant/Shalom Achshav déclare : “Netanyahou ignore les intérêts nationaux d’Israël et nous entraîne dans la réalité d’un état bi-national. Netanyahou et Trump se vantent d’avoir présenté un “plan de paix” mais les gestes de Netanyahou prouvent qu’il fait tout en son  pouvoir pour bloquer la résolution du conflit”

Americans for Peace Now a enregistré l’appel-conférence de Daniel Seidemann. Vous pouvez l’écouter en cliquant sur le lien suivant :

https://peacenow.org/entry.php?id=33552#.Xw0:ChKiM