Par Simon Rosenblum*

Le 20 avril, Benyamin Netanyahou et Benny Gantz ont signé un accord pour former “un gouvernement basé sur l’unité nationale”. La transaction reposait principalement sur les termes imposés par Bibi, car il avait la main haute sur les négociations. L”urgence” mentionnée dans l’accord fait évidemment allusion à la crise du coronavirus, mais en réalité, le Covid-19 a peu de choses à voir dans l’entente. Au moment de la signature, Israël gérait la pandémie de façon adéquate, et aurait continué de le faire avec ou sans gouvernement de coalition. En réalité, l’accord répondait plutôt au besoin de sortir de l’impasse après trois élections en un an et demi sans résultat définitif.

Revenons rapidement en arrière pour comprendre la situation. Après la dernière élection, Gantz a essayé de déjouer Bibi. Il n’avait toutefois pas suffisamment de votes de la Knesset pour devenir Premier ministre d’un gouvernement minoritaire basé sur l’appui externe de la Liste des partis arabes. Cela a permis à Bibi de négocier avec un avantage sur Gantz. Ce dernier avait le choix de former un gouvernement d’unité nationale avec Netanyahou ou bien de laisser Bibi diriger un gouvernement minoritaire. Gantz a choisi la première option, et son Parti Bleu et Blanc s’en est retrouvé divisé. À partir de ce moment, Gantz devait choisir entre un gouvernement d’unité nationale géré selon les termes dictés par Bibi, ou une quatrième élection cet été. Une 4e élection aurait certainement favorisé Bibi, étant donné que le Likoud et ses partis associés de droite avaient pris une avance dans les sondages.

Menaces d’annexion

L’accord de gouvernement d’unité énonce clairement que, dès le mois de juillet, le gouvernement israélien commencera à élaborer et à mener une forme d’annexion de la Cisjordanie. Ce qui reste à déterminer est l’étendue de cette annexion et son calendrier. Certains ont accusé Gantz d’avoir trahi ses engagements passés en acceptant ces plans. Malheureusement, force est de constater que Gantz n’a jamais été l’opposant de l’annexion qu’ils auraient espéré qu’il soit. Gantz a toujours été un supporter timide, et ses déclarations sur le sujet zigzaguaient entre l’enthousiasme criant et l’acceptation à condition qu’il y ait appui international. Dans le présent gouvernement d’unité nationale, Gantz n’aura pas le droit de veto sur l’annexion. Cependant, les députés du Parti Bleu et Blanc auront probablement le droit de voter contre les clauses d’annexion lorsqu’ils siègeront à la Knesset. Cela n’est pas aussi important qu’il puisse paraître, puisque Bibi sera fort probablement en mesure d’obtenir un vote majoritaire sur cette question, même sans leur appui.

Cela nous amène aux scénarios possibles concernant l’annexion. Il y en a probablement trois. Le premier serait de limiter l’annexion  – du moins au début – aux colonies situées immédiatement aux frontières israéliennes. D’anciennes négociations israélo-palestiniennes sur une future solution à deux états avaient prévu que ces colonies frontalières deviendraient un territoire israélien dans le cadre d’une entente négociée. Toutefois, leur annexion unilatérale est très problématique. La seconde option serait d’annexer en plus la vallée du Jourdain. La troisième consisterait à imposer la souveraineté israélienne à toutes les colonies. Inutile de dire que toute forme d’annexion unilatérale, grande ou restreinte, nuirait grandement à la possibilité d’une solution à deux états.

Netanyahou pourrait choisir immédiatement la troisième option, puisque la droite israélienne perçoit la période entre juillet et les élections américaines de novembre comme une occasion historique unique qui serait perdue si Trump n’était pas réélu.  Par contre, Netanyahou pourrait préférer initialement une version plus douce afin de garder le Parti Bleu et Blanc de son côté et minimiser l’indignation de la communauté internationale.

L’inconnue pour Bibi pourrait être la réaction de son bon ami Donald Trump. Il n’est pas impossible que Trump, qui s’inquiète de plus en plus de ses propres problèmes de réélection, mette de la pression sur Bibi pour qu’il ralentisse. Cela s’est produit auparavant, juste avant le dernier tour de scrutin. Ne serait-il pas particulièrement ironique que Trump lui-même mette un frein sur le Plan Trump ? Ne comptez pas trop là-dessus.

*Simon Rosenblum est un grand commentateur du conflit istraélo-palestinien. Il a été l’un des membres fondateurs de l’ACPM et l’un de ses anciens présidents nationaux. Les opinions exprimées dans cet article sont les siennes et ne reflètent pas nécessairement celles de l’ACPM.